Lâchons de suite la bombe : au moment de l’achat du cheval, tout cavalier devrait déjà envisager la mise à la retraite.
Cela peut vous sembler complètement incongru de se projeter vers cette échéance quand vous achetez un cheval, surtout si vous l’achetez jeune, mais c’est loin d’être à négliger. Il n’y a pas d’âge fixe pour la retraite d’un cheval, il peut être usé à 15 ans ou encore en forme à 20 ans passés, pas de règle en la matière.
Ceci explique aussi pourquoi grand nombre de cavaliers pro se débarrassent d’un cheval quand il a environ 12-14 ans, c’est parfait pour eux, ils ont eu les meilleures années de la bête et les ennuis iront au cavalier amateur … mais ceci n’est qu’une parenthèse (bon, ok, également un coup de gueule car avec du recul, j’en ai croisé beaucoup).
Me concernant, quand j’ai acheté Loulou, il avait tout juste 5 ans.
Il était tout maigre, ne savait pas faire grand-chose mais entre nous ça a collé de suite et nous avons tout appris ensemble. Des compétitions jeunes chevaux à une carrière amateur, il m’a tout donné, généreusement.
Certes, il a toujours eu un caractère de cochon, il mordait, attrapait tout ce qui traînait, s’échappait parfois du box (et là, pour le rattraper merci !) mais comme monté il était merveilleux, ça m’allait bien ; je crois même que cela m’amusait et puis, comme j’aime batailler un cheval caractériel c’était parfait.
Mais tout ça c’était avant. Avant quoi ? Avant que je ne me retrouve seule, sans emploi ou presque, puis avec un niveau de vie divisé par deux alors comme Loulou avait 18 ans, je me suis dit que la retraite après tout, il l’avait bien méritée … mais ce que je n’avais pas envisagé c’était à quel point j’avais mangé mon pain blanc !
Qu’on se le dise, avoir son propre cheval ça coute un bras. Pour peu que tu sortes en compétition, ce sont même les deux qu’il faudra investir mais bon quand on aime, on ne compte pas …
Bon, alors, ce cheval à la retraite me direz-vous ?
Et bien ça coute encore TRES cher et les soucis sont exponentiels avec les années !
Si tu as la chance d’avoir des terres, un abri et du temps, tu peux t’en sortir avec des frais moindres mais dans le cas contraire, voici quelques questions à se poser pour que ton parcours du combattant ne vire au chemin de croix.
– Eviter un changement brutal d’activité. Moi, je n’ai pas trop eu le choix, Loulou est passé de l’activité sportive, de la vie trépidante d’un club et du box 22h par jour au pré h24, voyant une personne par jour … le choc a été rude, tant pour son physique que pour son moral (et pour le mien). Avec du recul, j’imagine un citadin qui a bossé toute sa vie en équipe et que l’on envoie seul en rase campagne avec une camionnette qui ravitaille le logis une fois par semaine. Bref, j’aurais dû y penser avant !
– Un cheval à la retraite, ce n’est pas un cheval que tu oublies dans un pré, loin de là. C’est malheureusement ce que j’ai été obligée de faire pendant quelques mois et je le paye aujourd’hui. Même s’il n’a pas été maltraité, il a manqué de soins et aujourd’hui pour remonter la pente c’est dur, très dur. Bref, ça aussi, j’aurais pu y penser avant !
– Et la retraite c’est où ?
Les pensions pour vieux chevaux sont rares et les refuges sont destinés aux chevaux malheureux ou abandonnés. Autant vous dire qu’en tant que propriétaire, vous êtes considéré comme nanti et donc, même pas en rêve le refuge.
Certaines pensions pour chevaux n’ont de pension que le nom, cela peut carrément être de l’arnaque pure et simple. Clôtures défectueuses voire dangereuses, manque d’eau, pas ou peu d’herbe, encore moins de foin, pas d’ombre, abri précaire … la liste pourrait être longue mais dans certains cas, je pense que c’est pire que d’amener son animal à l’abattoir.
Louer un pré à moindre frais ? Oui, mais il faut comme vu ci-dessus, un minimum de conditions de vie, nettoyer l’abri, faire livrer du foin, remplir des réservoirs d’eau s’il n’y a pas d’eau courante, y passer tous les jours … et puis un cheval seul est malheureux, bref, c’est bien loin d’être la solution.
– Et ça coute combien ?
Outre le prix de la pension (avec/sans ration, abris, avec ou sans box …) qui va grosso modo d’un peu moins de 200€ mensuel au double, ce n’est pas parce qu’un cheval est retraité qu’il faut négliger sa santé, c’est même souvent le contraire : vaccins, vermifuges, maréchal-ferrant, alimentation sur-vitaminée, tout ça s’ajoute et je ne compte même plus l’investissement en temps.
Pour en revenir à Loulou, je bataille tous les jours. J’ai trouvé un endroit agréable, avec d’autres chevaux appartenant à des propriétaires soucieux du bien-être de leur animal mais Loulou est arrivé ici faible. Etre déménagé l’a de nouveau perturbé, il est devenu le souffre-douleur des autres chevaux pourtant gentils, il s’isole, souffre … et c’est un cercle vicieux. Je lui rends une visite quotidienne, faute de le voir grossir, je me contente de constater qu’il ne maigrit pas davantage, je le bichonne, je souffre de le voir ainsi, même si dans mon cas, anticiper n’était pas possible.
Bref, je ne voudrais pas saper le moral des propriétaires ou futurs propriétaires de chevaux mais sincèrement, je crois que j’aurais aimé qu’on me sensibilise à tout ça avant. Cela n’aurait sans doute rien changé, l’équitation est une passion, on s’imagine toujours que d’ici là on trouvera une solution mais il n’est jamais trop tôt pour commencer à y réfléchir !