J’ai suivi Isabelle Carré depuis ses débuts en tant qu’actrice et j’ai toujours admiré ses choix cinématographiques. J’ai apprécié son premier roman « Les rêveurs » qui m’a permis de revisiter toutes ces années de nos jeunesses (la sienne et la mienne), tous ses films que j’avais vus et aimés. J’ai bien déploré que ce soit un peu brouillon, parfois approximatif littérairement parlant mais pour un premier roman aussi prometteur et lumineux, on peut accepter quelques imperfections.
Je me suis donc jetée sur le livre dès sa sortie sans trop savoir de quoi il parlait. Je crois même ne pas avoir lu la quatrième de couverture !!
Quatre personnages en quête de lumière
Dès les premières pages, j’ai donc fait la connaissance de Ziad. Il est d’emblée attachant ce gamin, si mâture du haut de ses dix ans. Dix ans c’est jeune pour découvrir que son père trompe sa mère avec la belle rousse du cinquième étage. Ziad ne dit rien, il perçoit tout et souffre en silence … et puis d’un coup, on découvre la vie de Muriel (je vous épargne le lien entre les personnages pour ne pas divulgacher l’histoire) jeune actrice qui a été abusée par un metteur en scène beaucoup plus âgée qu’elle. Un peu sonnée par cette ellipse narrative j’imagine que l’auteure nous livre sa version du mouvement #Metoo. Je suppose qu’à ses débuts, Isabelle Carré a du subir les assauts d’un réalisateur. J’écoute (enfin, je lis) la passivité de la toute jeune actrice devant ce prédateur, davantage accrochée par mon intérêt pour l’envers du décor des métiers du cinéma que par l’abus sexuel (c’est grave !).
A mi livre, je ne comprends toujours pas où elle veut en venir si ce n’est que Muriel et Ziad sont piégés par leur silence, aussi vulnérables l’un que l’autre. Et voilà que Bertrand s’achète une rédemption sur le dos d’un anévrisme, qu’Anne fond les plombs, que les voisins sont victimes d’antisémitisme… je suis perdue (vous ne savez pas qui sont Bertrand et Anne, c’est pas grave) ! Je me suis accrochée jusqu’au bout, voulant savoir où elle comptait nous amener … et bien nulle part !!
Quand cela ne fonctionne pas …
Littérairement c’est bancal et limite mauvais ! Il y a quelques jolis moments d’écriture, on retrouve le côté sensible et délicat de l’auteure mais l’essai est bien loin d’être transformé. Et puis cette collection de sujets d’actualité ça m’agace, surtout que sur ce coup, la barque est sacrément chargée. J’avais déploré cela chez Karine Tuil mais à côté c’était du grand art, du très grand art !
J’ai d’ailleurs envie de pousser un énorme coup de gueule contre les éditions Grasset ! Ok, le filon de la jolie actrice délicate et poète est bon mais laisser passer ce livre juste pour espérer un succès aussi phénoménal que pour « Les rêveurs » ce n’était vraiment pas lui rendre service.
Bref, trop de sujets abordés, des personnages inachevés, aucune cohésion narrative (il aurait mieux valu des nouvelles) et puis cette façon déguisée de surfer sur les sujets de l’actualité … je suis énervée d’avoir été piégée … et pourtant, je suis souvent « du côté des indiens » !!