La Bretagne à vélo par le canal de Nantes à Brest … suite
Ce qui a achevé de nous convaincre de faire étape à Malestroit c’était la proximité du village de La Gacilly connu pour la maison d’Yves Rocher et pour son festival « La Gacilly Photo ». Certes le village n’est qu’à une vingtaine de kilomètres de Malestroit mais en vélo de voyage, le moindre écart peut vite se traduire en heures, il est donc certain que ce détour non prévu au programme va nous bousculer d’une petite journée mais l’envie est trop forte, l’occasion trop belle !
Le festival La Gacilly Photo
Ce matin, le ciel est au grand bleu, go, nous voilà de bonne heure sur la piste cyclable au bord du canal de Nantes à Brest en ce jour 6 et en pleine forme !
Nous sommes toujours dans la vallée de l’Oust, le canal se fait plus sauvage.
Peu avant St Martin de Oust nous discutons longuement avec l’éclusier (oui, nous partons toujours pressés mais en fait, c’est pour mieux pouvoir trainer ensuite !). Il est en charge l’entretien de l’écluse et il y apporte un soin infini. Arroser toutes les fleurs à l’arrosoir (et non au jet) lui prend plusieurs heures mais c’est l’école de la patience nous dit-il et le reste de la journée il le consacre à créer des objets insolites qu’il sort en ornement de la maison de l’écluse chaque matin et range tous les soirs sous peine de ne plus les revoir.
A grand regret nous le laissons et nous arrivons au village de La Gacilly en fin de matinée. En Bretagne, dès que vous vous éloignez du canal, préparez vous à grimper et même si chaque montée sera suivie d’une descente, il nous aura fallu deux bonnes heures pour rejoindre La Gacilly. D’emblée nous sommes dans l’ambiance. Durant l’été le village vit « photos », rues, parcs, jardins … tous les espaces publics sont transformés en lieux d’exposition à ciel ouvert.
Année après année, le festival Photo La Gacilly montre l’urgence de laisser pour demain une empreinte environnementale durable, malgré les blessures permanentes faites au monde du vivant. Cette année, c’est la 16éme édition « A l’Est du nouveau » qui met en lumière des artistes venus de Russie ou des pays limitrophes. 30 après l’effondrement de l’empire soviétique, moi qui ai toujours été fascinée par les pays de l’Est, je pourrais rester des heures devant chaque photo (il y en, a plus de mille !!)
Le village est aussi extrêmement célèbre grâce à Yves Rocher, un enfant du pays, créateur de la marque éponyme de produits cosmétiques naturels dans les années 1960. La commune a depuis largement profité de la croissance de l’entreprise rendant La Gacilly mondialement connue.
On pourrait y passer sans problème un jour ou deux mais pour nous, en milieu d’après midi il est quand même temps de se remettre à pédaler !
Sur le canal, de Glenac à Redon en bordure de l’Isac
La sortie de La Gacilly se fait par les bords d’un étang. Encore de l’eau me direz-vous , oui c’est vrai mais ce n’est jamais le même décor et c’est à Glénac que nous retrouvons le canal de Nantes à Brest. Une dernière exposition satellite et nous filons vers Redon.
Cette partie du Morbihan est vraiment noyée en pleine nature et nous avalons les 40 km qui nous séparent de Redon boostés par ce bol d’air pur ! Arrivés à Redon, la piste cyclable traverse la ville; le bruit nous sort brutalement de la douce torpeur dans laquelle nous sommes plongés depuis quelques heures, voire plusieurs jours alors après un petit tour rapide nous continuons notre route vers Guernouët. Ce n’est plus l’Oust que nous longeons mais l’Isac et la piste cyclable goudronnée a cédé la place à une piste cyclable sablonneuse. Cette portion de la Vélodyssée est moins roulante mais peu importe, à la faveur du soleil qui décline, les lumières de fin de journée et la végétation luxuriante, voire bouillonnante nous offrent un spectacle enchanteur. Nous arrivons au camping Saint-Clair à Guernouët. Il y a moins de cyclistes, cela s’explique sans doute par des lieux d’accueil plus espacés et pour nous aussi les étapes s’allongent, on se rapproche de Nantes et c’est dans un écrin de verdure que nous passerons la nuit.
La Bretagne à Vélo : de Guernouët à Blain
Jour 7, ce sera notre dernière étape le long du Canal de Nantes à Brest et, consciemment ou non, nous trainons un peu. Nous n’avons pas envie de l’abandonner ce canal qui nous accompagne depuis une semaine et à tous ceux qui peuvent penser que c’est monotone, je me répète mais les décors changent à chaque coup de pédale et je pense même que réalisé dans l’autre sens, nous aurions une idée tout autre (au moment où je note cette remarque, je réfléchis et je nous revois à Mur de Bretagne et je me dis que ce mur était bien plus facile à descendre qu’il ne l’aurait été à monter …) bref, le canal de Nantes à Brest nous réserve encore de jolies surprises.
La piste cyclable faite de sable jaune est vraiment très peu roulante mais cela nous aide à faire durer le plaisir. Nous photographions toutes les écluses (je vous épargnerai les photos) et les bornes kilométriques tous les dix kilomètres..
Nous atteignons Blain et nous quittons le bord du canal le temps d’une escapade au Château de la Groulais, édifice dont la construction a été entamée au XIV ème siècle et terminé deux siècles plus tard, il est magnifique !! La plus grande forteresse de Bretagne a trouvé une seconde vie et sert de lieu de séminaires ou de mariages, le cadre est effectivement somptueux. Nous sommes dans le département de la Loire-Atlantique et cela se ressent : le côté Loire pour le château et le côté Atlantique pour la végétation ; les pommiers sont encore nombreux mais pins et chênes lièges le sont de plus en plus.
Les premières écluses du canal de Nantes à Brest (ou les dernières)
Nous sommes toujours à contre sens du Canal de Nantes à Brest alors nous remontons les bornes kilométriques à rebours et les numéros des écluses s’égrènent en décroissant. Tous ces numéros comme les kilomètres filent vite, trop vite même. Nous n’avons pas trouvé la borne des 200km et celle des 100 km est visiblement engloutie. 70, 60, 50, 40, 30 … (la borne 64 of course) le voyage le long du canal tire à sa fin.
Nous nous rapprochons de l’océan et ici les algues vertes ne sont pas une légende, c’est terriblement photogénique mais également dramatique …
Nous constatons avec un peu de tristesse que les écluses se raréfient, mais même les plus moches seront sur la pellicule ! Nous faisons une pause à l’écluse n°3 et bien nous en a pris car nous ne verrons jamais ni la 2, ni la 1, le panneau Vélodyssée nous faisant brutalement quitter le canal.
Nous quittons aussi cette piste cyclable mi-sable, mi-gravier mais avec nettement moins de regrets que le canal, nos vélos, sacoches … et nous même sommes dans un état bien poussiéreux !
Arrivés à Sucé-Sur-Erdre nous nous engageons dans un dédale de quelques mètres de pistes cyclables, chemins, ruelles, portions de route, traversée de lotissements … un véritable labyrinthe (très bien fléché tout de même) qui nous rapproche de la ville de Nantes à l’urbanisation galopante. Il fait une chaleur accablante, l’étape a été longue et c’est à 18h30 que nous arrivons au camping de Nantes que nous avons trouvé non sans mal … et qui est complet !
Il fallait bien que cela arrive, à ne pas prévoir trop précisément nos étapes pour conserver la liberté nous prenons parfois des risques alors ce soir, nous galérons un peu, nous n’avons jamais été aussi sale et c’est avec soulagement que nous trouvons un hôtel … ce sera une aubaine, tant pour la douche (nous et les sacoches … au secours !!!) que pour le matelas !!
Voilà, c’est la fin de la première partie de notre voyage à vélo le long du Canal de Nantes à Brest … ou plutôt de Brest à Nantes et nous avons adoré pédaler pendant des heures sur ces chemins de halage. L’itinéraire est tellement bucolique que jamais nous ne nous sommes ennuyés. Nous avons fait à peu près un tiers de notre périple avec 505 km dont 364 km de la première écluse à Gully-Glaz (n° 237) à la dernière (enfin presque puisque nous avons quitté le canal à l’écluse n°3 de la Tindière), longeant différents cours d’eau dont la plupart sont naturels. Seule une toute petite portion a été creusée artificiellement pour relier les rivières de l’Erdre, de l’Oust et de l’Aulne.
Et puis un peu d’histoire pour terminer : le projet de construction du canal de Nantes à Brest date de l’Ancien Régime. Les travaux de réalisation ont débuté sous Napoléon 1er pour des raisons stratégiques (palier le blocus des ports maritimes par les anglais) en 1804 par les deux extrémités et il faudra 38 ans pour terminer les travaux.
La suite de notre périple, c’est la côte Atlantique par la Vélodyssée, de Nantes à Hendaye … à suivre et pour ceux qui ont loupé le début c’est ici.