De Brest à Hendaye (ou presque) à vélo #3

De Châteauneuf-du-Faou à Glomel, étape dantesque !

Y’a pas à dire, on dort mieux dans un lit, surtout quand la tempête fait rage et là haut, aux quatre-vents ça souffle quelque chose !! Il paraît que Châteauneuf-du-Faou offre un point de vue magnifique sur les Montagnes Noires mais il pleut tellement que nous n’en verrons rien alors c’est un peu triste que nous redescendons vers le fleuve, direction Carhaix.

La Vélodysée longe le canal et chaque kilomètre est jalonné d’une borne en pierre, vestige de l’époque où le canal a été réalisé. Symboliquement nous photographions la borne 300km et à partir de maintenant nous traquons les comptes ronds … prochaine borne 200 km (mais ce sera pour demain). Le canal est très peu fréquenté ce qui nous étonne en cette toute fin juillet. Nous croisons en moyenne 1 cycliste au kilomètre (oui, on s’amuse à compter car c’est aussi ça le voyage à vélo, des envies de jeux stupides qui nous font retomber en enfance). Peu de monde et peu de points de restauration mais à Port-Carhaix nous déjeunons dans une auberge familiale perdu au milieu de nulle part et nous voici attablés presque comme à la maison et témoins involontaires des conversations entre la mère et la fille. Histoire de familles et potins locaux, rien ne nous sera épargné mais ces deux femmes à la gouaille joyeuse nous font vraiment passer un excellent moment.

Le canal de Nantes à Brest, Napoléon, les bagnards … et la Vélodysée.

L’Aulne cède la place à l’Hyères et à Port-de-Carahaix nous faisons la jonction avec la Vélodyssée, et le Canal qui relie Nantes à Brest … ou vice-versa nous concernant.

Un peu d’histoire : le canal a été construit sous l’empire de Napoléon 1er pour désenclaver la rade de Brest en cas de blocus anglais. Il a fallu près de 30 ans pour le construire et près de 4000 bagnards vont travailler sur la jonction appelée la grande tranchée. Ils ont charrié un volume de terre comparable à celui de la pyramide de Khéops. Côté chiffres, le canal c’est un peu plus de 360 km, huit cours d’eau et quelques 230 écluses.

Nous quittons le Finistère pour les Côtes d’Armor et pédalons tranquillement. Les écluses se succèdent. La plupart sont devenues des habitations privées, peu sont abandonnées mais il n’y a plus d’éclusier à demeure. Il n’y a pas non plus de péniche, ici la navigation fluviale est rare. Le canal est rétréci, bordé de roseaux et si peu fréquenté que l’on se croirait revenu à une autre époque, loin de toute civilisation et motorisation … le bonheur !!

Après une matinée relativement calme, la pluie est de retour et là, point d’averses mais des seaux. Les reliefs sont de plus en plus lisses mais la piste sablonneuse, détrempée est désespérément collante. Des arbres tombés dans la nuit coupent régulièrement la piste et depuis hier nous avons des conditions climatiques un peu dantesques alors quand à Glomel nous trouvons une chambre d’hôtes, nous décidons que ce sera assez pour aujourd’hui … demain il fera jour et beau !!

De Glomel à Pontivy, la Bretagne intérieure, magique et verdoyante !

Ce matin, une petite toilette des vélos est nécessaire. Je ferai un billet sur l’entretien du matériel mais c’est indispensable. Nettoyage de la chaine, graissage, vérifications élémentaires, cela prend un peu de temps mais sans vélo, plus de voyage alors ça motive !

Faute d’un grand ciel bleu il ne pleut plus et la piste a séché rendant notre progression nettement plus aisée. Cela ne nous empêche pas de faire notre première pause, à peine 10 kilomètres plus tard dans une écluse joliment rénovée et convertie en chambre d’hôtes. C’est l’écluse « Chambres et Rustines », on peut y dormir mais aussi prendre un café, picorer et même trouver un peu de matériel (pompe à vélo, rustines ;). Ici les caramels au beurre salé cottoient les serviettes hygiéniques et les produits faits maison dans un bric-à-brac joliment mis en scène,  de quoi nous faire regretter de ne pas avoir poussé à peine plus loin hier soir.

Avant Gouarec le canal s’enfonce dans une végétation de plus en plus luxuriante. Nous sommes dans la forêt de Quénécan : racines énormes, arbres tordus, lichens et mousses d’un vert fluo nous avons l’impression d’être dans un paysage de contes et légendes bretons et c’est là que nous déboulons sur l’abbaye cistercienne de Bon-Repos. La légende raconte d’ailleurs que le Vicomte Alain III de Rohan eût une apparition durant sa sieste en ces lieux enchanteurs. Il engagea alors des travaux pour la construction de ce lieu de culte qui abrita du XIIème au XVIIIème siècle des communautés de moines cisterciens. Dans les années 1980, l’édifice était complètement tombé en ruine et une association de passionnés a entrepris des travaux colossaux pour entamer la restauration. Spectacles, expositions ou visites permettent de financer ces travaux … le lieux est spectaculaire !!

En vélo, on voit énormément de choses mais il peut être frustrant de ne pas y passer plus de temps. C’est le cas aujourd’hui mais il faut bien repartir. Une fois encore nous nous perdons et en Bretagne, dès que tu quittes le canal, ça grimpe. Au bout de 4km de montée, il faut se rendre à l’évidence, on a loupé quelque chose … et oui, il y avait deux panneaux successifs indiquant la direction « Les allées couvertes du Liscuis », il fallait prendre le second, un peu trop pressés on a choisi le premier !! Après notre escapade fortuite en hauteur nous retrouvons la Vélo 6; le chemin de halage a cédé la place à une vieille ligne ferroviaire noyée dans la forêt, la Bretagne intérieure est verdoyante !

La piste est roulante et tellement agréable que malgré le faux plat permanent nous arrivons trop vite à Mur-de-Bretagne. En écrivant ces lignes, je refais le voyage et vraiment cette portion de route que nous avons avalé goulûment était magnifique. Le village porte bien son nom, Mur-de-Bretagne a été choisi pour l’arrivée d’une étape du tour de France … mais youpi, pour nous ce sera dans l’autre sens et donc une sacrée descente pour rejoindre le canal. Ici, il a une toute autre physionomie, plus étroit et plus sinueux, et à tous ceux qui imaginent que pédaler le long d’un canal c’est terriblement monotone je crie que c’est faux et archifaux !! Un rayon de soleil, une écluse, un reflet, une chapelle, une jolie demeure … chaque tour de pédale réserve une surprise.

Nous faisons une pause à l’écluse n°116 où une joyeuse bande de retraités s’affaire autour d’engins improbables sensés flotter. Le fête est prévue pour le dimanche, il leur reste encore quelques jours pour que les baignoires flottent 😉 !

Et puis les kilomètres filent et nous avons basculé dans le Morbihan; la pluie est revenue sous la forme d’un petit crachin mais on nous explique que « le crachin c’est bon pour le teint » et c’est vrai qu’il fait doux et que finalement ce n’est pas grand chose alors nous repartons et c’est vers 17h30 que nous arrivons à Pontivy, frontière entre la haute et la basse Bretagne. La petite ville est endormie et en travaux, nous ne nous y attardons pas et filons vers le camping qui déborde de cyclistes mais contre toute attente, c’est un peu chacun pour soi. Les premiers arrivés ont pris leurs aises, alors nous glissons notre tente entre deux consoeurs et ça ira pour cette nuit !

Pour la petite histoire, on n’est jamais passé devant la borne 200km !!

Petit bilan de ces premiers jours
Etape 1 : Brest – Le Faou(52 km)
Etape 2 : Le Faou – Chateauneuf du Faou (72 km)
Etape 3 : Chateauneuf du Faou – Glomel (60 km)
Etape 4 : Golmel – pontivy (77 km)

… à suivre !

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