Le quai de Ouistreham (Florence Aubenas)

Ce livre traine dans ma PAL depuis sa sortie en 2010. Stimulée par le sortie du film, il était temps que je le lise.

Florence Aubenas est une journaliste reconnue, elle a travaillé en tant que grand reporter sur les zones de conflit et je me souviens encore de sa libération alors qu’elle était retenue comme otage au Liban, de son sourire à la descente de l’avion … une image rare.

Chronique magistrale de la misère sociale

Dans ce livre, la journaliste a voulu enquêter au cœur des défavorisés, ceux qui travaillent, cumulent les temps partiels mais ne s’en sortent pas. Elle est donc partie sans véhicule et sans point de chute, se promettant de ne mettre un terme à l’expérience que lorsqu’elle aurait décroché un CDI. 

Six mois durant, Florence Aubenas s’est glissée dans la peau d’une femme sans la moindre formation ni expérience, justifiant sa recherche de poste auprès de pôle emploi par son divorce. La voilà « Prête à tout » pour décrocher le moindre emploi … comme tant d’autres.

C’est depuis Caen où elle a loué une chambre qu’elle part en quête de quelques « heures de travail ». Elle décrit les relations avec sa conseillère Pôle Emploi, les aberrations et les contradictions d’un système et surtout des conditions de travail exécrables dictées par des patrons d’entreprises de nettoyage perpétuellement à la recherche de profit. 

Immersion saisissante dans le monde de la précarité

Ce livre c’est un témoignage simple et le constat implacable. Sans pathos (ce qui aurait été l’écueil majeur), avec beaucoup d’humanité, et l’humour nécessaire à supporter des moments durs, Florence Aubenas raconte les galères et la solidarité de ces femmes « invisibles ».

La méthode d’immersion extrême peut être jugée contestable mais il faut un sacré courage pour aller s’immerger dans cet univers crasseux. Florence Aubenas fait preuve d’une immense bienveillance et empathie envers les personnes qu’elle a été amenée à côtoyer. Sans condescendance elle réussit à garder le recul nécessaire à l’écriture de ce livre … tout en faisant le travail ce qui n’est pas à négliger.

Sans changer de nom, sans se déguiser, elle a réussi à se fondre dans la masse et à rester crédible. Elle porte un regard juste sur ces zones que la désindustrialisation a paupérisées, faisant apparaître aux yeux des travailleurs un CDI de 35 heures pour un SMIC comme un graal.

Ce livre est un reportage qui se lit comme un roman, mais n’est pas un roman … respect Madame Aubenas !

Le quai de Ouistreham est paru en 2010, je doute que les choses aient changé depuis, preuve en est la série Maid diffusée actuellement sur Netflix à laquelle j’ai beaucoup pensé en tournant les pages.

Le quai de Ouistreham
Florence Aubenas
Editions de l’Olivier
276 pages

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