Retour sur 10 semaines de confinement
Aujourd’hui alors que nous sommes dans la deuxième phase du déconfinement j’ai eu envie d’écrire sur les dernières semaines qui viennent de s’écouler, cet étrange printemps qui touche enfin à sa fin.
Le confinement a débuté mi-mars, par une semaine d’angoisse; il y a eu ce malaise, sournois que j’ai senti monter dès mon premier jour de télétravail, j’ai mis cela sur le compte de la privation de liberté moi qui ai toujours un pied en l’air, qui enchaine les rendez-vous, les séances de sport, les dîners ou déjeuners sans jamais laisser le moindre espace libre (même si j’ai énormément ralenti en rapport de ce qu’était le tourbillon de ma vie il y a quelques années), j’ai pensé que la « distanciation sociale » me pesait déjà.
Au troisième soir il y eu cette fièvre intense, ces journées au lit sans même pouvoir allumer le téléphone ni la lumière, la crainte que ce ne soit le coronavirus alors que j’avais tout simplement laissé passer tous les symptômes d’une pathologie infectieuse. J’ai vécu ce début de confinement entre parenthèses jusqu’à début avril !
Sortie de cette phase de sidération, j’ai profité de ce que cette période invitait à la réflexion pour faire une introspection. Ma plus grosse déception a été de devoir annuler mon voyage au Kirghistan, projet qui me tenait à coeur depuis des années mais pour le reste, j’ai eu la chance d’être confinée à la campagne, que personne de ma famille ne soit atteinte, ni parmi mes amis proches, c’était déjà énorme. Côté santé physique tout allait de nouveau bien, j’ai simplement pris encore davantage conscience que la santé est sans doute le bien le plus précieux qui nous soit donné à la naissance, celui qui nous protège et nous permet d’aider les autres.
Confinement, télétravail et fracture sociale
A cette date, nous étions quelques trois milliards d’humains confinés en même temps, expérimentant le télétravail ou le chômage partiel, l’isolement, la réduction de nos frontières à la taille d’un jardin pour les plus chanceux ou d’un appartement sans vue pour d’autres, l’école à la maison … et surtout à appréhender que ce virus ne nous atteigne, nous ou un de nos proches. Pour la première fois de notre vie, nous ne pouvions rien prévoir, même pas dire à quelle échéance nous reverrions nos proches mais ce que certains vivaient comme une privation intolérable de liberté me semblait être un acte de civisme, rester chez soi c’était se protéger mais surtout protéger nos services de santé et sauver des vies.
Alors que nous assistions à un ralentissement planétaire sans précédent nous confrontant à ce que nos modes de vie avaient généré, chaque jour je pensais aux malades, aux soignants et à tous ceux qui continuaient à travailler pour que l’économie de notre pays ne s’effondre pas : les caissières (et caissiers), livreurs (livreuses), éboueurs (éboueuses ?), enseignants, postiers … et autres fonctionnaires tant méprisés voire conspués !
Je réfléchissais à cette fracture sociale qui allait devenir un gouffre entre ceux qui ne perdraient pas pieds, ces familles qui tant bien que mal coifferaient la casquette d’enseignant et pourraient technologiquement connecter leurs enfants au réseau éducatif et ceux qui n’avaient rien : pas d’abris pour les plus précaires, pas de connexion, un vieil ordinateur par famille … tous ces laissés pour compte qui allaient achever de décrocher. Histoire de me faire davantage de mal, je ne pouvais m’empêcher de me projeter quatre ans en arrière avec ma petite entreprise, notre restaurant et j’imaginais les nuits blanches de tous ces indépendants qui allaient plonger avec leur découvert.
Avec tout ça j’essayais de travailler et moi aussi j’expérimentais le télétravail en continu, option que me refusait mon boss jusqu’à présent, même à dose homéopathique. Le salon est donc devenu mon bureau. Mon temps de transport mué en temps de travail compensant parfois mon manque de concentration. J’ai très vite trouvé le rythme et j’ai adoré travailler chez moi.
A ce sujet, avez un instant imaginé un confinement sans téléphone, sans wifi, sans télévision avec juste la radio et des livres ? je n’osais même pas y penser mais de fil en aiguille, je m’interrogeais sur nos modes de vie : l’hyper-consommation, les voyages à l’autre bout du monde, les escapades de trois ou quatre jours en Europe qui coutaient * moins cher qu’un week-ends dans ta région … toutes ces remises en question qui me taraudaient déjà depuis quelques années se sont retrouvées exacerbées.
Le monde de demain
L’écologie, le recyclage, les circuits-courts, le bio, le mode zéro-dechet c’est mon combat depuis des années, tout s’est accéléré avec mon changement de vie en 2016 et depuis, je suis en mode slow consommation (sauf les livres, j’avoue). Ce que je tolérais difficilement avant ce virus me fait presque suffoquer aujourd’hui.
Pendant ces deux mois, j’ai mis presque tous les jours les mêmes vêtements (non je ne restais pas en pyjama et oui je les lavais) et mon rapport aux fringues a encore changé. J’ai déménagé pas loin de 10 fois ces dernières années et à chaque déménagement j’ai vidé ma garde robe mais aujourd’hui encore, je la trouve indécente, je ne vais garder que les vêtements dans lesquels je ME sens bien et je vais donner ou vendre tous ceux qui sont pour la « représentation » que je garde depuis des années « au cas où » … au cas où quoi ?
Je m’interroge aujourd’hui sur ce nouveau monde que nous allons peut-être réinventer, sur ce demain dont on parle depuis la mi-mars … (Bon, en fait arrivé à début juin, je me fais beaucoup moins d’illusions, quand je vois les parking des super-marchés ou des centres commerciaux).
Va-t-on continuer à ultra consommer n’importe quoi ? Va-t-on faire de notre système de santé (et de notre santé) une priorité ? Va-t-on continuer à consommer de la viande à outrance ? va-t-on sciemment se tourner vers les circuits courts et non uniquement parce que ça nous a arrangé pendant le confinement ? … il me plait de penser que nous serons quand même nombreux à tirer une leçon de cette expérience et que nous allons RALENTIR !!
La rupture
Ces dernières semaines m’ont sacrément ébranlée, je me sentais fragile et en même temps une force poussait en moi. Tout un tas de non-dits ensevelis tant bien que mal depuis bientôt 4 ans avaient refaits surface juste avant le confinement. J’avais enfilé mes oeillères mais finalement c’est mon corps qui a donné l’alerte. J’ai rapproché mes séances de psychothérapie et la conclusion s’est très vite imposée à moi : je ne pouvais pas continuer ainsi. Le télétravail n’était pas l’issue de secours attendue, pire cela a mis en évidence nos différents professionnels en terme d’organisation et l’expérience s’est révélée carrément cinglante quant il s’est agi de reprendre « en présenciel » **
Bref, cette situation a amplifié toutes mes émotions préexistantes et a achevé de me persuader que je ne pouvais pas continuer à me lever chaque jour pour aller au travail à reculons et que l’heure est venue de réagir et de me lancer. Alors au grand damn de ceux qui ont peur pour moi (et je sais que c’est par amour), j’ai validé une décision que j’avais commencé à prendre fin février et j’ai entamé une procédure de rupture conventionnelle de contrat.
La phase de « non retour » de cette procédure s’est a pris fin le 3 juin alors que nous entrions dans une nouvelle phase lunaire, synonyme de changements. Non, je n’ai pas viré totalement mystique mais il y a des signes que j’accueille avec sérénité. Chaque pleine lune nous apporte un éclairage alors dans ce sillage, il y a des émotions que j’ai décidé d’honorer et aujourd’hui, je m’autorise (enfin) à rêver grand !!
Il y a de tout dans ce billet, une forme de désespoir, de lassitude mais surtout une énorme dose d’optimisme !!
A très vite et merci à celles (et ceux) qui me lisent régulièrement et me motivent à continuer à écrire ici.
*je parle au passé vous avez remarqué car je ne miserai plus grand chose sur les low-costs …
**vous avez noté tous ces nouveaux mots qui ont débarqué avec le confinement ? (présenciel, déconfinement, distanciation sociale …)