La vélodyssée, du Pornic à Jard-sur-mer
Le voyage à vélo c’est la liberté alors il est évident que nous ne planifions nos étapes qu’à grosses mailles et nous ne savons jamais où nous nous arrêterons le soir. Quant à notre heure de départ le matin, c’est comme ça vient (dans la limite du raisonnable il s’entend) mais ce matin c’est différent. Notre seul objectif du jour c’est le passage du Gois et pour ce faire, il faut tenir compte des horaires de la marée, ce sera vers 14h30 avec dans l’idée une pause déjeuner à l’entrée du passage, histoire de voir l’eau se retirer.
A 9h15 nous sommes prêts et pas de miracle, il pleut. Notre emplacement au camping sous un arbre nous a un peu protégés de la pluie mais il est clair que ce matin encore, je ne vais pas ranger mon poncho jaune au fond des sacoches.
Marais, polders et petits ports en pays de Gois
En plein pays du Gois, la piste cyclable traverse des marais, des polders et des petits ports ostréicoles. Le littoral n’est jamais très loin. Parfois nous le longeons, parfois un talus nous en sépare, nous le délaissons aussi pour nous enfoncer à l’intérieur des terres, cette excursion dans la baie de Bourgneuf est un enchantement tant c’est sauvage, l’accès n’est possible qu’à pieds ou à vélo et au vu de la météo du jour, il n’y a pas un pélerin dehors et nous avons l’impression d’être seuls au monde, c’est beau, tout simplement beau !
L’itinéraire par le passage du Gois n’est pas conseillé car la chaussée est glissante et la circulation dense l’été mais peu importe, j’ai des images du peloton étiré pendant le tour de France sur ce passage et il est hors de question de ne pas l’emprunter. Nous abandonnons donc la piste cyclable pour des petites routes peu passantes. La pluie est drue mais le revêtement est roulant, nous pédalons bon rythme, la tête dans le guidon … tellement dans le guidon que nous suivons à vive allure un cycliste qui tourne brutalement à droite sans prévenir, et c’est la chute, inévitable et un sacré carambolage !! Trois vélos à terre et l’espace de quelques minutes j’ai cru notre voyage terminé avant même d’avoir franchi le Gois !! On s’en tire avec des égratignures aux jambes, un genou écorché et pour moi la main droite amochée mais surtout je suis un peu groggy, le cycliste est désolé, nous aussi !! Un gentil monsieur nous propose de l’aide mais côté matériel rien de trop grave alors après quelques minutes de pause, nous repartons vers le Gois.
Le passage du Gois à vélo
Nous arrivons à l’entrée du passage et à la faveur d’une éclaircie picorons face à cet étrange ballet humain : nous ne sommes plus seuls !! Automobilistes, cyclistes, campingcaristes, piétons, motards, tracteurs … tous affluent dans l’attente de cette marée basse qui dévoilera une bande de terre étroite : la route !! Le temps est comme suspendu et nous sommes tous au spectacle offert par la nature, ébahis comme Moïse devant le passage de la mer rouge !!
Les plus pressés ne peuvent pas attendre et s’engagent sur la portion de route découverte, quitte à s’arrêter quelques mètres plus loin afin d’attendre que l’eau se retire davantage. Et puis d’un coup, un flux continu de véhicules s’active, du piéton au camping car, tout le monde s’engage sur cette voie étroite. On dirait une mise en mouvement subite, l’horloge du temps est repartie.
Très vite, l’océan s’est retiré et a cédé la place à un parking éphémère; badauds et pêcheurs s’enfoncent vers ce qui était le large quelques minutes auparavant armés de seaux et râteaux à l’assaut des coques et des palourdes. Le sable est noir et ferme, c’est un peu comme une mine en plein air et tous ces gens sont autant de petits points colorés qui se détachent, c’est un fabuleux spectacle spontané.
Les extrémités du passage sont signalées par des immenses panneaux lumineux indiquant le danger à emprunter cette route submersible en dehors des heures de marées basses. Un fort coefficient laisse deux heures avant la pleine marée basse et autant après. Par petit coefficient de marée, ce temps est ramené à la demi-heure et on dit que la mer monte à la vitesse d’un cheval au galop. Ce jour là, le coefficient était fort alors c’est sans nous presser que nous atteignons l’île de Noirmoutier.
Elle est toute petite alors nous en faisons presque le tour avant de regagner le continent par le pont cette fois ci et sous un timide soleil. En bordure de l’île, les paysages sont sauvages, les polders ont un charme fou et il est bon d’y pédaler doucement avant de franchir le pont de Noirmoutier et de partir à la conquête des stations balnéaires de la Vendée, la Vélodyssée porte si bien son nom !! ça roule vite et nous séchons enfin !
Ce soir non plantons la tente au camping municipal de Notre-Dame-Des-Monts. Petite parenthèse sur les hébergements. Je préparerai un billet récap (vous en aurez peut-être ras le bol du vélo quand je serais arrivée au bout 😉 ) mais les camping municipaux sont en général très corrects. Celui là, ne fait pas exception à la règle, il y a même un accueil vélo avec atelier et station de nettoyage, c’est parfait. Vous pouvez laisser en charge à la réception tous vos appareils et c’est très appréciable.
La vélodyssée, aux Pays des Monts
Nous avons essuyé deux énormes averses nocturnes mais au réveil, le ciel est grand bleu. Plier la tente mouillée c’est quand même la galère : c’est plus lourd, ça prend davantage de place et le soir au moment de la remonter elle pue alors ce matin, ce beau temps revenu est un don du ciel et la journée s’annonce radieuse !!
On dit que la Vendée est le département du vélo, on commence à le croire !! Le camping était top, idéalement placé en bordure de la Vélodysée et sur la commune il y a des stations de gonflage (oui, des compresseurs) pour les vélos. Un vélo chargé, c’est comme une voiture, la pression des pneus doit être élevée ce qui impossible avec une petite pompe, bienvenue aux Pays des Monts : La Barre des Monts, Notre-Dame-de-Monts, Saint-Jean-de-Monts, les pays où les pistes cyclables sont parfaites, tant pour leur équipement, que le revêtement … et la signalétique, on en parle ? Il est impossible de se perdre à vélo dans ce département !
Le revers de la médaille c’est le nombre de cyclistes sur cette portion, il y a un monde fou, sans compter les piétons et les joggers matinaux, c’est limite dangereux mais nous sommes en pleine saison, il va falloir s’y faire, nous rentrons d’ores et déjà dans une zone à forte affluence touristique. Notre progression s’en trouve ralentie mais prudence est mère de sureté et puis c’est agréable de pédaler tranquillement, alternativement en forêt ou en bordure de littoral. La vue y est alors magnifique et le soleil commence a sacrément cogner alors chaque nouveau passage ombragé sonne comme une bénédiction.
La côte de lumière à Vélo
Les plages de cette « Côte de lumière » sont immenses et s’étendent sur des kilomètres. Nous perdons régulièrement de vue l’océan pour nous enfoncer dans les premiers marais mais c’est pour mieux le retrouver ensuite. On a beau y être habitué, en profiter régulièrement tout au long de l’année, chaque fois que nous nous retrouvons de nouveau devant cet océan Atlantique une nouvelle émotion nous submerge. Entre St-Hilaire-de-Riez et Saint-Gilles-Croix-de-Vie, la route de la corniche est magnifique. Sur notre gauche des villas 1900-1930, cossues ou plus modestes mais toutes plus séduisantes les unes que les autres et à main droite, la côte, toute en dentelle de falaises, déchiquetée même par endroits avec cette roche noire qui contraste avec le bleu du ciel. Les locaux nomment cet endroit « La petite Bretagne », c’est exactement cela. Le « trou du diable », « Les cinq Pineaux » nous nous délectons de tous ces trésors naturels, sans parler des piscines naturelles en plein océan, surréaliste !!
Une pause au phare feu de Grosse Terre, l’un des derniers grands feux construits en France. Le principe de ce phare c’est qu’il n’y a pas d’allumage et extinction de lampe. L’éclat est produit par le passage de faisceaux tournants devant une optique, l’ensemble pivotant sur une cuve à mercure (c’était l’instant culture). Nous atteignons à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, ville sardinière fourmillante en ce début août. Nous en profitons pour faire un peu shopping et pour changer de mon poncho jaune, j’ai bien mérité mon ciré – jaune – et en plus je suis persuadée que maintenant que je l’ai il ne pleuvra plus !!
La vélodyssée et les bocages vendéens
Nous reprenons la route, au travers des marais salants, en plein bocages vendéens et une fois encore, la vue est à couper le souffle, les teintes vert et bleu colorent cette portion de la vélodysée, la découverte de cette côte est un coup de coeur. A la sortie de Brem-sur-Mer nous nous enfonçons dans la forêt vendéenne, immédiatement suivie du décor enchanteur des marais d’Olonne ! Ici la piste s’étire comme un long ruban, parfois très étroit. De méandres en petits ponts enjambant les canaux c’est un voyage vers le passé que nous sommes en train d’effectuer. Ici, tout est paisible … enfin presque car à vrai dire, il y a des embouteillages sur cette voie cyclable. Je m’interroge même sur l’avenir du vélo électrique et plus exactement sur le fléau que cela pourrait devenir car pédaler vite dans ce dédale de petits chemins avec des virages à angle droit avec seuls quelques tiges de jonc comme garde-fou nous protégeant des marais pourrait vite se révéler dangereux, d’autant plus que beaucoup maîtrisent assez mal leur bicyclette.
La vélodyssée des Sables-d’Olonne à Jard-sur-Mer
Nous retrouvons la côte avec toujours ces rochers noirs qui contrastent tant avec le bleu du ciel et de l’eau un peu avant les Sables-d’Olonne : l’animation effrénée de cette immense station balnéaire succède à la quiétude des lieux que nous venons de quitter, le choc est rude. Nous imaginons le départ du Vendée-Globe Challenge ce doit être un moment fabuleux et magique, proportionnel à la laideur des immeubles qui font face à la mer !! Le petit port est par contre adorable et a su garder un côté authentique.
Nous quittons la cité balnéaire ravis de pédaler vers un endroit plus paisible dans lequel forêts et marais se succèdent de nouveau. En début de matinée, voulant enfin profiter de la plage, nous avons anticipé notre étape du soir et réservé le camping. Bien nous en a pris, c’était le dernier emplacement miraculeusement libéré et c’est donc au camping municipal de Jard-sur-Mer que nous planterons la tente ce soir mais il nous reste encore quelques heures à pédaler avant d’y arriver.
Nous prenons à Jard-sur-Mer notre premier bain depuis le début de notre voyage à vélo. Presque 900 km parcourus et nous n’avons toujours pas plongé dans l’océan, c’était une hypothèse que jamais nous n’aurions envisagée. Autant vous dire que cette baignade nous l’avons appréciée, d’autant plus que pour aller chercher quelques centimètres d’eau il a fallu marcher un moment, et c’est incroyable comme ici l’océan se retire loin à marée basse.
Il faut aussi compter avec les rochers qui limitent la zone de baignade à une longue langue de sable sur laquelle on aperçoit les baigneurs agglutinés comme autant de pingouins échoués sur la banquise. Peu importe, avec nos marques de bronzages improbables qui ne laissent planer aucun doute sur la nature de notre activté sportive nous grossissons le banc et aujourd’hui encore, je repense à la douceur bienveillante de l’eau et à la détente de nos muscles sollicités depuis 12 jours !
A Jard-sur-Mer le soir il règne une véritable ambiance de vacances et la foule est dense sur le petit port de la station où le moulin de Conchette trône fièrement. Il ne se visite pas mais il a été restauré et l’histoire dit qu’il fut construit pour remercier un garçon meunier parti à la guerre à la place du fils d’une riche famille. Le garçon meunier partit faire les trois années et à son retour de la guerre il reçut en échange le moulin qu’il fit fonctionner.
L’eau et la lumière se mêlent par magie et nous sommes loin d’être les seuls à flâner ici. Il faut dire que ce soir les températures se sont emballées … ce qui n’est pas bon signe pour nous … demain c’est la pluie, c’est sûr !!!
… à suivre, on a déjà pédalé 872 km !!
Si vous avez raté le début, c’est ici que tout commence !